La mouche du poireau, de son vrai nom mouche mineuse du poireau (Phytomyza gymnostoma), est une petite mouche grise de 3 mm à tête jaune dont les asticots creusent des galeries dans les feuilles puis descendent dans le fût. Elle vole deux fois par an : de mars à mai, puis de mi-septembre à octobre. Le premier signe de sa présence est une file de petits points blancs parfaitement alignés sur les feuilles : ce sont ses piqûres de nutrition, et la ponte suit aussitôt.
La protection la plus efficace, en bio comme ailleurs, est un voile anti-insectes à maille fine (0,5 à 0,8 mm), posé dès le début du vol et gardé jusqu'à sa fin. Fin septembre, le second vol commence : si vos poireaux d'hiver sont en place sans protection, c'est maintenant qu'il faut les couvrir. L'eau de Javel, souvent citée, ne sert à rien contre elle et n'est pas autorisée pour cet usage.
Une mouche mineuse arrivée en France en 2003
L'espèce est décrite depuis 1858, dans la région de Poznań en Pologne, mais elle n'est devenue un ravageur des alliacées qu'à partir des années 1980, d'abord en Europe de l'Est. En France, elle a été repérée pour la première fois en Alsace en 2003, selon l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP), puis en Bourgogne et en Île-de-France.
| Carte d'identité | Mouche mineuse du poireau |
|---|---|
| Nom scientifique | Phytomyza gymnostoma, aussi classée Napomyza gymnostoma |
| Famille | Agromyzidés (les mouches mineuses) |
| Adulte | mouche grisâtre d'environ 3 mm, grosse tête jaune |
| Stade qui fait les dégâts | la larve, un asticot qui mine les feuilles |
| Cycle | deux générations et deux vols par an |
| Hiver | en pupe, dans la plante, dans le sol ou dans les débris végétaux |
Reconnaître les dégâts de la mouche du poireau
- Des points blancs alignés. Les femelles percent la feuille avec leur tarière de ponte, puis se nourrissent de la sève qui s'écoule. Il en reste une ligne de points blancs réguliers, comme sur la photo en tête d'article : le premier signe que les mouches sont actives, juste avant la ponte.
- Des galeries. Les asticots se nourrissent entre les deux épidermes de la feuille en descendant vers le fût. Ces mines ne pourrissent pas : elles restent blanchâtres, parfois teintées de brun rose, bien visibles sur la partie blanche.
- Des pupes dans le fût. À la fin de sa croissance, l'asticot se transforme en pupe au bout de sa galerie : de petits grains bruns, souvent alignés entre les feuilles. Certains quittent la plante pour se nymphoser dans le sol.
- Un poireau déformé qui éclate. Les feuilles externes, fragilisées, éclatent sous la poussée des feuilles du centre, et le plant se tord. Les tissus minés ramollissent et deviennent sensibles aux champignons et aux bactéries, d'où les pourritures qui suivent.
La gravité dépend de la saison. Au printemps, les jeunes poireaux sont petits et quelques asticots suffisent à tuer un plant. En automne, les poireaux plus gros survivent même avec beaucoup de larves, mais les galeries colorées et les pupes réparties sur plusieurs épaisseurs de feuilles les rendent souvent impropres à la consommation.
Pour diagnostiquer, regardez d'abord les feuilles du centre, les premières à se déformer, puis cherchez les galeries et les piqûres alignées. Une observation par semaine de mars à octobre suffit.
Cycle et période : quand la mouche du poireau pond
La mineuse fait deux générations par an, séparées par un repos hivernal et un repos estival, toujours au stade de pupe. Les femelles pondent dans les tissus de la plante, en général à la base des feuilles, juste après les piqûres de nutrition : la période de ponte est donc celle des deux vols.
| Période | Ce que fait la mouche | Ce que fait le jardinier |
|---|---|---|
| Mars à mai (1er vol) | sortie des adultes, piqûres puis ponte sur les jeunes poireaux | semis et jeunes plants sous voile |
| Juin à mi-septembre | repos estival en pupe dans la plante | plantation en juin, voile retiré |
| Mi-septembre à octobre (2e vol) | nouvelle génération, ponte sur les poireaux d'hiver | recouvrir jusqu'à fin octobre |
| Fin d'automne et hiver | larves dans les feuilles, puis pupes qui hivernent dans les poireaux, le sol et les débris | récolter d'abord les plants touchés, sortir les déchets atteints, sarcler les planches libérées |
Ces dates sont des repères nationaux. Les conseillers maraîchers ont repéré un vol dès février près de Nantes, probablement à cause des bâches plastiques qui réchauffent le sol, et des piqûres sont signalées de juillet à novembre en Haute-Garonne. Dans le Sud-Ouest, la surveillance doit donc durer plus longtemps. Le Bulletin de santé du végétal (BSV) légumes de votre région, en accès libre, annonce le début des vols.
Les plantes attaquées
Le poireau est la cible principale. Viennent ensuite la ciboulette, qui marque très nettement les piqûres sans forcément souffrir, puis l'oignon, l'échalote et plus rarement l'ail. La ciboule est aussi concernée, et parfois l'ail des ours sauvage. Sur le terrain, la pression est plus forte sur les petites parcelles, et semble l'être aussi le long des zones boisées.
Protéger ses poireaux : le traitement bio qui marche
Le voile anti-insectes, pendant les vols
- Maille de 0,5 à 0,8 mm environ. Un voile thermique non tissé convient au printemps, un filet à maille tricotée quand il fait chaud.
- Au bon moment. Au printemps, posez-le dès la plantation. Sinon, au plus tard dans la semaine qui suit les premières piqûres (deux semaines maximum).
- Sans faille. Les feuilles ne doivent pas toucher le voile, et il ne doit rester ni trou ni passage : enterrez ou lestez les bords.
- Jusqu'à la fin du vol. Sans information du BSV, gardez-le jusqu'à fin mai au printemps et jusqu'à fin octobre à l'automne.
Des pots de ciboulette comme sentinelles
La ciboulette attire la mouche et montre ses piqûres mieux que le poireau. Placez deux pots près de la planche, mais hors du rang de poireaux, et regardez-les chaque semaine. Dès que les points blancs alignés apparaissent, posez le voile.
Décaler les plantations
Le vol de printemps peut s'éviter : semez vos poireaux sous châssis ou sous voile, puis repiquez-les après la fin du vol. La fiche poireau d'Hortenia place la plantation de mai à juillet : visez juin. Le vol d'automne, lui, tombe sur les poireaux d'hiver en place : il faut les couvrir.
Rotation et voisinage
- Ne remettez pas de poireaux (ni d'autres alliacées) là où il y en avait : les pupes restées dans le sol se retrouveraient sous le voile de la nouvelle culture. Plus la rotation est longue, mieux c'est.
- Éloignez les poireaux des déchets de poireaux et couvrez le compost qui en contient, pour que les jeunes adultes n'en sortent pas.
- Évitez la proximité d'alliacées sauvages quand c'est possible.
Sans voile : raccourcir le feuillage
Pour des poireaux récoltés en décembre ou janvier, des maraîchers coupent le feuillage à 20 cm du sol, une à deux semaines au plus après le début du second vol, pour que les larves n'aient pas le temps de descendre dans le fût. Pas plus bas : le rendement en pâtirait.
Eau de Javel, purins, insecticides : ce qui ne marche pas
L'eau de Javel revient souvent dans les recherches. C'est une mauvaise idée, pour trois raisons.
- Elle n'atteint pas l'ennemi. L'asticot vit à l'intérieur de la feuille, dans une galerie qui le protège des attaques extérieures, et la pupe est dans le fût ou dans le sol. Une pulvérisation sur le feuillage passe à côté.
- Elle n'est pas autorisée. Depuis le 1er janvier 2019, un jardinier amateur ne peut utiliser que des produits de biocontrôle, à faible risque ou utilisables en agriculture biologique, marqués « Emploi autorisé au jardin » (EAJ). Au 25 septembre 2026, la base européenne des pesticides classe l'hypochlorite de sodium, principe actif de l'eau de Javel, « en attente » comme substance de base (usage fongicide) : il n'est pas approuvé.
- Elle est toxique. L'eau de Javel est corrosive, classée dangereuse pour le milieu aquatique, et oxyde la matière organique qu'elle rencontre. Versée au pied des poireaux, elle finit dans le sol et dans l'eau.
Les autres remèdes maison ne font pas mieux. L'efficacité des purins d'absinthe, de tanaisie ou de livèche n'est pas démontrée. Le Bacillus thuringiensis kurstaki (Btk), utile contre la teigne, cible les chenilles de papillons, pas les mouches. L'association avec la carotte, présente dans le compagnonnage des fiches Hortenia, vise la mouche de la carotte et celle de l'oignon : aucune source consultée ne la donne comme parade contre la mineuse. Pour les autres ravageurs, les méthodes générales pour éloigner les nuisibles naturellement restent valables.
Que faire des poireaux touchés
- Récoltez d'abord les plants atteints.
- Parez-les : retirez les feuilles externes minées et les pupes, jusqu'à retrouver des feuilles saines. Si les galeries et les pupes traversent plusieurs épaisseurs jusqu'au cœur, le poireau n'est plus consommable.
- Ne compostez pas les déchets infestés : les pupes n'y seraient pas détruites. Mettez-les dans un sac fermé, avec les ordures ménagères.
- Sarclez la planche après la récolte pour mettre au jour les pupes restées dans le sol : le froid de l'hiver en détruit une partie.
- Ne laissez pas traîner de vieux poireaux : les pupes passent l'hiver dans leurs tissus et donnent les mouches du printemps suivant.
Ne pas confondre : mineuse, teigne et rouille
Trois problèmes se croisent sur les poireaux entre la fin de l'été et l'automne, avec des remèdes différents.
| Mouche mineuse | Teigne du poireau | Rouille du poireau | |
|---|---|---|---|
| Coupable | mouche de 3 mm | petit papillon de 16 à 18 mm d'envergure, chenille vert clair à tête jaune de 10 à 12 mm (le « ver du poireau ») | champignon (Puccinia porri, autrefois Puccinia allii) |
| Premier signe | points blancs alignés | feuilles du centre perforées ou déchirées en long, jaunes et tachées de brun | pustules orange vif sur les feuilles |
| Dans le fût | galeries qui ne pourrissent pas, pupes brunes | chenille au cœur, qui pourrit | rien |
| Période | mars à mai, mi-septembre à octobre | avril à octobre, deux à trois générations | arrière-saison douce et humide |
| Parade | voile à maille fine pendant les vols | voile ou filet, Btk | espacer, limiter l'azote, rotation : la récolte reste consommable |
Deux autres confusions sont possibles. La mouche de l'oignon (Delia antiqua) est une autre espèce, d'une autre famille : ses asticots blancs rongent le bulbe de l'oignon et de l'échalote, dont les feuilles jaunissent et flétrissent. Et un poireau déstructuré sans aucun asticot ni pupe fait plutôt penser au nématode des tiges.
Suivre ses poireaux dans Hortenia
Dans l'application Hortenia, gratuite et sans publicité sur iOS et Android, les fiches poireau, oignon, ail, échalote et ciboulette listent leurs ravageurs et maladies avec symptômes et parade. Vous placez vos poireaux sur votre potager tracé sur la carte satellite, et le planning de la semaine suit semis, plantations et récoltes selon votre région et la météo locale. Devant des points blancs douteux, l'assistant HortenIA lit la photo de la feuille (5 questions gratuites, sans limite avec Hortenia Plus : 29,99 € par an ou 4,99 € par mois, 7 jours d'essai).
Pour les autres symptômes, voyez notre guide du diagnostic des maladies des plantes, le comparatif des applications qui soignent les plantes par photo et notre avis sur Plantix, application de diagnostic pensée pour l'agriculture.
FAQ : mouche du poireau
Quelle est la période de la mouche du poireau ? De mars à mai, puis de mi-septembre à octobre, avec des écarts régionaux. La ponte suit les piqûres de nutrition.
Quel traitement bio contre la mouche du poireau ? Un voile à maille de 0,5 à 0,8 mm, sans passage, jusqu'à fin mai puis fin octobre, avec rotation et destruction des pupes.
Peut-on utiliser de l'eau de Javel contre la mouche du poireau ? Non : les asticots sont à l'abri dans la feuille, et l'eau de Javel, toxique, n'est pas approuvée pour protéger les plantes.
Peut-on manger un poireau attaqué par la mouche mineuse ? Oui si l'attaque reste sur les feuilles externes, qu'on retire avec les pupes. Pas si galeries et pupes atteignent le cœur.
Quel est le cycle de la mouche mineuse du poireau ? Deux générations : pupes en hiver, vol de mars à mai, repos estival, second vol de mi-septembre à octobre.
Sources
- INRAE Ephytia, VigiJardin, mineuse du poireau : fiche, dégâts, confusions, biologie, observation.
- INRAE Ephytia, VigiJardin, teigne du poireau : dégâts, biologie.
- Ecophytopic (plan Ecophyto), GECO : gestion de la mouche mineuse sur poireau, fiche 1 et fiche 2.
- Jardiner Autrement (plan Ecophyto, jardiniers amateurs) : Poireau, mouche mineuse.
- OEPP, Reporting Service 2005/064 : Phytomyza (Napomyza) gymnostoma, a new pest of Allium in Europe.
- Bouchery Y., Martinez M. (2004), Un nouvel ennemi des Allium en France : la mouche mineuse du poireau, Phytoma, HAL INRAE.
- Ministère de l'Agriculture : Jardiner avec des produits d'origine naturelle.
- Commission européenne, EU Pesticides Database : Sodium hypochlorite (BS), statut consulté le 25 septembre 2026.
- Wikipédia : Mineuse des feuilles d'allium, Teigne du poireau, Poireau, Delia antiqua, Eau de Javel, Bacillus thuringiensis ; en anglais, Puccinia porri.
- Fiches de culture Hortenia : poireau, oignon, ail, échalote, ciboulette, ciboule, carotte.
- Photo : Porree Lauchminierfliege-Fraßpünktchen-Zwiebel-DLR-NW-jk, Jochen Kreiselmaier (DLR Rheinpfalz), Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.




