La fin de l'été et le début de l'automne sont la meilleure fenêtre de l'année pour multiplier les aromatiques ligneuses. La technique s'appelle la bouture semi-aoûtée : une tige de l'année, longue de 10 cm, dont la base commence à durcir et dont la pointe reste tendre, prélevée de fin août à début octobre. Effeuillée sur sa moitié basse, plantée dans un mélange très drainant et maintenue sous étouffée, elle forme des racines en trois à huit semaines selon l'espèce.
L'intérêt est double : un pied de romarin ou de thym se dégarnit et devient ligneux au bout de quatre ou cinq ans, et il faut le renouveler ; et une bouture donne une plante génétiquement identique à sa mère, ce qu'un semis ne fait pas. Si vous avez un thym particulièrement parfumé ou une sauge qui tient bien votre terre, c'est celui-là que vous multipliez.
Pourquoi cette période et ce stade précis
Une bouture n'a pas de racines : elle doit survivre sur ses réserves le temps d'en fabriquer. La prise repose sur la totipotence des cellules végétales, capables de se dédifférencier au niveau du méristème pour reformer un organe entier. C'est l'auxine, l'hormone produite par la plante à l'extrémité des tiges et dans les bourgeons terminaux, qui déclenche la rhizogenèse, c'est-à-dire l'apparition des racines sur la bouture. Elle circule vers le bas, à 5 à 20 cm par heure, et s'accumule à la base de la tige coupée : voilà pourquoi les racines sortent là et pas ailleurs.
Le stade semi-aoûté est le compromis. Une tige entièrement verte, prélevée en juin, se dessèche ou pourrit avant d'avoir raciné. Une tige entièrement lignifiée, prélevée en décembre, n'a plus assez de tissus jeunes et reste inerte des mois. Entre les deux, de juillet à septembre, la tige a une base solide qui résiste à la pourriture et un sommet actif qui produit l'hormone.
Le romarin lui-même se multiplie facilement au printemps ou à l'automne par bouturage ou marcottage, et beaucoup plus difficilement par semis, dont la germination est lente et irrégulière : 20 à 30 jours dans nos fiches de culture, avec des levées inégales.
Le matériel, en cinq minutes
- Un sécateur ou un couteau bien aiguisé, passé à l'alcool.
- Des godets de 8 cm ou une terrine, percés.
- Un mélange très drainant : moitié terreau de semis, moitié sable grossier ou perlite. Les aromatiques méditerranéennes pourrissent dans un substrat qui garde l'eau.
- De quoi faire une étouffée : sac plastique transparent et deux baguettes, bouteille d'eau coupée, ou cloche.
- Facultatif : une poudre d'hormone de bouturage, qui contient une auxine de synthèse, le plus souvent de l'acide naphtalène acétique.
La méthode, geste par geste
- Prélevez le matin, quand la plante est turgescente, sur un pied sain et non fleuri.
- Choisissez la bonne tige : une pousse de l'année, 10 à 15 cm, ferme à la base, souple au sommet. Écartez les tiges fleuries, qui dépensent leur énergie ailleurs.
- Coupez net sous un nœud, à 45°. C'est à cet endroit que les tissus sont les plus réactifs.
- Effeuillez la moitié inférieure en pinçant les feuilles, sans arracher l'écorce. Gardez quatre à six feuilles au sommet : elles fabriquent l'auxine, une bouture nue ne racine pas.
- Trempez la base dans l'hormone si vous en utilisez, en tapotant pour enlever l'excès.
- Plantez à 3 ou 4 cm, dans un trou fait au crayon pour ne pas racler la base de la tige. Tassez du bout des doigts.
- Arrosez une fois, copieusement, puis laissez égoutter.
- Placez sous étouffée, à la lumière vive mais jamais au soleil direct, à 18 à 20 °C. La bouture ne transpire pas, elle cuit sous une cloche en plein soleil.
Cinq à six boutures par espèce : le taux de reprise n'est jamais de cent pour cent, et trois pieds de romarin suffisent à une famille.
Les délais, espèce par espèce
| Espèce | Type de bouture | Enracinement | Difficulté |
|---|---|---|---|
| Sauge ananas | Tige tendre | 15 à 20 jours | Très facile |
| Menthe poivrée | Éclat de souche ou tige | 2 à 3 semaines | Très facile |
| Thym citron | Semi-aoûtée | 3 à 4 semaines | Facile |
| Verveine citronnelle | Semi-aoûtée | 3 à 4 semaines à 20 °C | Facile |
| Sauge officinale | Semi-aoûtée | 4 à 6 semaines | Facile |
| Romarin | Semi-aoûtée | 6 à 8 semaines | Facile |
| Lavandin | Semi-aoûtée de 10 cm, en septembre | 6 à 8 semaines | Facile |
| Lavande | Semi-aoûtée | 6 à 8 semaines | Facile |
| Laurier-sauce | Semi-aoûtée | 2 à 3 mois | Lent |
Le laurier-sauce est le plus long et le seul pour lequel l'hormone change vraiment quelque chose. Prenez-en le double, et ne jugez pas avant Noël.
Pour les espèces à souche traçante, menthe et mélisse, ne vous embêtez pas avec une bouture : un coup de bêche dans la touffe prélève un éclat déjà raciné, qui repart en quinze jours. L'estragon, dont les fleurs sont stériles, se multiplie de la même façon.
L'étouffée : combien de temps, et comment l'arrêter
L'étouffée maintient l'air saturé en humidité autour du feuillage, ce qui évite à la bouture de se dessécher pendant qu'elle n'a pas de racines. C'est le facteur numéro un de réussite, avec le drainage.
Trois règles :
- Aérez cinq minutes par jour, en soulevant le sac ou la cloche. Sans cela, la condensation stagne et le botrytis s'installe.
- Pas de soleil direct, jamais. Une fenêtre au nord, ou un coin lumineux d'une véranda.
- Retirez progressivement, sur une semaine, dès que la bouture résiste à une traction douce : d'abord deux heures par jour, puis une demi-journée, puis plus rien.
Le test de la traction est le seul fiable. Des feuilles neuves peuvent apparaître sur les réserves de la tige sans qu'une seule racine se soit formée.
Hiverner les jeunes plants
Une bouture racinée en octobre n'a pas de quoi passer l'hiver au jardin. Ses quelques centimètres de racines ne compensent ni le froid ni, surtout, l'humidité hivernale, qui tue plus d'aromatiques méditerranéennes que le gel lui-même.
- Sous châssis froid ou contre un mur exposé au sud, godets serrés les uns contre les autres et calés dans une caisse remplie de feuilles mortes.
- Arrosage minimal : une fois toutes les trois semaines, juste pour que le substrat ne se dessèche pas complètement.
- Rempotage en mars dans un godet de 10 à 12 cm, puis plantation en avril ou mai, quand le sol s'est réchauffé.
Les fiches donnent les écarts de rusticité à connaître : sauge officinale et thym à -15 °C en sol sec, romarin et laurier-sauce à -12 °C, lavande vraie à -20 °C mais lavande papillon gélive vers -8 °C, verveine citronnelle et sauge ananas franchement gélives. En pot, retirez toujours 3 à 5 °C à ces valeurs, parce que la motte est exposée de tous les côtés.
Les cinq erreurs qui font pourrir une bouture
Un substrat trop riche. Le terreau à fleurs seul retient l'eau et fait noircir la base. Moitié sable ou perlite, c'est la règle pour les méditerranéennes.
Trop de feuilles conservées. La bouture perd son eau par les feuilles. Quatre à six au sommet suffisent ; sur un laurier, coupez même les grandes feuilles en deux.
Arroser tous les jours. Un arrosage au départ, puis on maintient l'humidité par l'étouffée, pas par l'arrosoir.
Tirer sur la bouture pour voir. Chaque traction casse les radicelles en formation. Une seule vérification, au bout du délai annoncé.
Prélever sur une tige fleurie ou stressée. Une plante qui a soif ou qui monte en fleur ne fournit pas de bonnes boutures. Arrosez le pied mère la veille du prélèvement.
Suivre ses boutures dans Hortenia
Une bouture, ça s'oublie : on la met sous cloche en septembre et on la retrouve desséchée en novembre. Dans l'application Hortenia, les rappels d'entretien et d'arrosage arrivent au bon moment selon votre région et la météo, et la météo du jardinier prévient la veille d'une nuit de gel, ce qui est précisément le moment où l'on veut rentrer une caisse de godets. Les 357 fiches de culture indiquent pour chaque aromatique son mode de multiplication, son délai d'enracinement et sa rusticité, tels qu'ils sont repris dans cet article.
Découvrir l'application potager Hortenia, gratuite, sur iOS et Android. Pour les autres gestes de la saison, voir que faire des feuilles mortes et les engrais verts d'automne.
FAQ : bouturer les aromatiques
Quand bouturer le romarin ? De fin août à début octobre, en bouture semi-aoûtée de 10 cm.
Combien de temps pour les racines ? Six à huit semaines pour le romarin et le lavandin, trois à quatre pour le thym citron, deux à trois mois pour le laurier-sauce.
Faut-il de l'hormone ? Facultatif pour romarin, sauge et thym. Utile pour le laurier-sauce.
Quel substrat ? Moitié terreau de semis, moitié sable grossier ou perlite. Jamais du terreau seul.
Peut-on bouturer dans l'eau ? Pour la menthe et la mélisse, oui. Pour les ligneuses méditerranéennes, non : les racines formées dans l'eau sont fragiles et supportent mal le passage en terre.
Sources
- Bouturage, Wikipédia : totipotence et dédifférenciation cellulaire, typologie des boutures dont la semi-aoûtée de juillet à septembre, rôle de l'étouffée, conditions d'humidité, de température et de lumière.
- Auxine, Wikipédia : production à l'apex et dans les bourgeons terminaux, transport polarisé vers le bas à 5 à 20 cm par heure, rôle dans la rhizogenèse des boutures, acide naphtalène acétique en horticulture.
- Romarin, Wikipédia : arbrisseau des Lamiacées, milieu de garrigue calcaire, sol drainé, multiplication par bouturage ou marcottage plutôt que par semis.
- Laurier-sauce et Sauge officinale, Wikipédia, pour la botanique des espèces.
- Fiches de culture Hortenia pour les délais d'enracinement, les sols et les rusticités : romarin, sauge officinale, thym, laurier-sauce, lavandin, thym citron, verveine citronnelle, sauge ananas.
- Photo : Zitronenverbene Stecklingsvermehrung, Schlaghecken Josef, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.




