Retour aux articles
16 min

Feuilles mortes : en faire du paillage, du compost ou du terreau de feuilles

Les feuilles mortes ont trois destinations utiles au jardin : le paillage des planches et des pieds de vivaces, le compost comme matière brune, et le terreau de feuilles en un à deux ans. Quelles feuilles éviter, faut-il broyer, et pourquoi le feu est interdit.

Tapis de feuilles mortes au sol, avec de jeunes pousses vertes qui percent au travers

Un tas de feuilles mortes vaut mieux qu'un sac de terreau du commerce, et il est gratuit. Trois destinations utiles : le paillage des planches vides et des pieds de vivaces, le compost, où les feuilles jouent le rôle de matière brune qui manque presque toujours en automne, et le terreau de feuilles, un tas qu'on oublie un an ou deux et qui rend un substrat brun et léger, bon pour les semis et les rempotages.

La règle de partage tient en une phrase : ce qui tombe sur les massifs et sous les fruitiers y reste, ce qui tombe sur la pelouse et les allées est ramassé et réparti entre les trois usages. Ni le feu, qui est interdit, ni la déchetterie, qui exporte gratuitement la matière organique de votre jardin.

Ce qu'un tapis de feuilles fabrique vraiment

En forêt, personne ne ramasse et personne n'apporte d'engrais. La litière de feuilles est la seule entrée de matière, et elle suffit. Le mécanisme est simple : les vers de terre anéciques, ces gros vers pigmentés qui creusent des galeries verticales jusqu'à trois mètres de profondeur, viennent chercher les feuilles en surface, les entraînent dans leurs terriers pour les consommer, puis déposent leurs turricules au-dessus. Sur un sol vivant, on compte entre 50 et 400 vers par mètre carré, parfois plus de 1 000, pour 30 à 100 grammes de biomasse au mètre carré, et ils déposent en moyenne 300 tonnes de déjections par hectare et par an, soit 30 kg par mètre carré.

Ce que les vers n'emportent pas, les champignons et les bactéries le décomposent sur place et le transforment en humus. Dans un sol de jardin bien pourvu en vers, cette forme d'humus porte le nom de mull : la matière organique est incorporée à la terre minérale au lieu de s'accumuler en surface. L'humus absorbe et retient l'eau, et délivre aux racines l'azote, le phosphore et les autres éléments nutritifs.

Un jardinier qui sort ses feuilles en sac fait exactement l'inverse : il retire la nourriture des vers, puis achète du terreau pour compenser.

Trois usages, et comment choisir

UsageQuantité de feuillesDélai avant résultatPour quoi
Paillage directIllimitéeImmédiatPlanches vides, pieds de vivaces et de petits fruits, fraisiers
Compost, matière bruneUn tiers à la moitié du volume du tas6 à 12 moisÉquilibrer les épluchures et les tontes d'automne
Terreau de feuillesLe surplus1 à 2 ansSemis, rempotage, terreautage des bacs

En pratique : on paille d'abord tout ce qui peut l'être, on garde de quoi alimenter le composteur en couches alternées pendant l'hiver, et on empile le reste dans un coin.

Paillage : où, combien, et quand l'écarter

Le paillage organique limite l'évaporation en faisant barrière au vent et au soleil, intercepte la lumière dont les adventices ont besoin pour germer, amortit les écarts de température entre le jour et la nuit, et entretient la microfaune qui ne s'installe pas sur un sol nu.

  • Planches vides du potager : 5 à 10 cm de feuilles, tassées d'un coup de râteau. Si le vent les emporte, posez quelques branches par-dessus ou arrosez une fois : des feuilles mouillées ne bougent plus.
  • Pieds de petits fruits et de vivaces : framboisier, groseillier à grappes, myrtillier, rhubarbe, artichaut. Une couche de 10 cm en couronne, sans coller au collet ni à la souche, qui protège du froid et nourrit la surface.
  • Fraisiers : une couche fine, 3 à 5 cm, entre les pieds et non dessus. Elle évite que la pluie éclabousse la terre sur le feuillage et y dépose des spores.
  • Cultures d'hiver déjà en place : poireau, mâche, chou frisé, ail planté en automne. Feuilles entre les rangs seulement, jamais sur le feuillage.

Deux réserves. Les semis fins ne percent pas un paillage épais : on écarte les feuilles deux à trois semaines avant de semer, pour que la terre se réchauffe et se ressuie. Et sur un sol déjà froid et humide en permanence, 15 cm entretiennent l'humidité et attirent les limaces : 5 cm suffisent.

Au printemps, un paillage de feuilles a en général fondu de moitié. Ce qui reste s'écarte au râteau pour planter, puis se remet en place une fois les plants installés.

Compost : les feuilles réparent le déséquilibre de l'automne

Un compost se conduit avec un rapport entre carbone et azote. Le principe admis est d'introduire environ 20 à 30 fois plus de carbone que d'azote, ce qui revient en volume à mélanger des matières humides et azotées (épluchures, tontes, fanes) avec des matières sèches et carbonées (feuilles, paille, carton, broyat).

Or, en octobre et en novembre, le composteur reçoit des masses de fanes de tomates, de courges et de choux, plus les dernières tontes, toutes très azotées. Sans matière brune, le tas se tasse, devient une bouillie grise et se met à sentir. Les feuilles mortes arrivent précisément au bon moment : gardez deux ou trois sacs à côté du composteur et ajoutez une bonne poignée de feuilles à chaque apport de cuisine, en alternant les couches.

Test d'humidité : une poignée serrée doit former une boule qui se tient, avec quelques perles d'eau, sans que le liquide coule entre les doigts. Trop sec, on arrose ; trop humide, on ajoute des feuilles.

Le retournement n'est pas obligatoire si l'air circule déjà dans le tas, mais un brassage à la fourche en janvier le relance nettement. Un compost jeune sert au bout de quelques mois en paillage de surface ; il lui faut six mois à un an de plus pour devenir un compost mûr qu'on incorpore aux semis.

Terreau de feuilles : le plus long, le plus simple

C'est le seul produit du jardin qu'on obtient sans rien faire. Trois piquets, un rouleau de grillage, un cylindre d'un mètre de diamètre dans un coin ombragé : on y verse les feuilles, on tasse, on arrose une fois si elles sont sèches, et on n'y touche plus.

La décomposition n'est pas la même que dans un compost : ce sont surtout des champignons qui travaillent, sans montée en température, ce qui correspond à la formation d'un humus de type moder. Comptez un an pour des feuilles fines et broyées (frêne, charme, érable, fruitiers), deux ans pour des feuilles épaisses. Le résultat est un matériau brun foncé, émietté, qui sent le sous-bois.

Son emploi : un tiers de terreau de feuilles dans un mélange de semis, un terreautage de 2 cm sur les bacs au printemps, ou un apport de surface dans les trous de plantation des petits fruits. Il est pauvre en éléments nutritifs, et c'est sa qualité : il structure et retient l'eau sans brûler les jeunes racines.

Les feuilles à écarter

  • Laurier-rose : toute la plante est toxique, feuilles comprises, à cause de l'oléandrine, un hétéroside cardiotoxique ; même l'eau de macération des feuilles et la fumée de combustion des branches sont nocives. Ces feuilles ne vont ni au compost, ni au paillage d'un potager, ni au feu.
  • Laurier-cerise : la plante entière est toxique hormis la pulpe du fruit mûr, ses feuilles contenant de la prunasine, qui libère de l'acide cyanhydrique. À écarter du potager, d'autant que l'espèce est considérée comme envahissante en Europe occidentale. À ne pas confondre avec le laurier-sauce, celui de la cuisine, dont les feuilles sont sans danger mais très coriaces.
  • Noyer : la juglone, présente dans les feuilles, les racines et l'écorce des Juglandacées, inhibe des enzymes nécessaires au métabolisme d'autres espèces. Compostées à part pendant un an, ces feuilles perdent l'essentiel de leur effet ; en attendant, ne les employez pas en paillage sur des semis.
  • Feuilles malades : rouille, tavelure, oïdium, mildiou. Dans un tas qui ne monte pas en température, comme celui du terreau de feuilles, les spores survivent. Elles peuvent aller dans un compost actif et chaud, ou en paillage loin de l'espèce concernée, jamais sous le même arbre.
  • Feuilles ramassées en bord de route : chargées de résidus de circulation, elles n'ont pas leur place au potager.

Les feuilles de chêne, de châtaignier et de platane ne sont pas à écarter, seulement lentes. Les tanins sont des molécules de défense contre les microbes et les herbivores, présentes à hauteur de 15 à 25 % dans les feuilles, et les Fagacées, la famille des chênes et des châtaigniers, en sont particulièrement pourvues. Un passage au broyeur ou à la tondeuse règle le problème.

Broyer ou pas

Le broyage n'est pas indispensable, mais il change trois choses : le volume est divisé par trois ou quatre, la décomposition va nettement plus vite parce que les micro-organismes attaquent les tranches, et le paillage ne s'envole plus.

La méthode la moins chère : étaler les feuilles en couche sur la pelouse, passer la tondeuse réglée haut, ramasser au bac. Si la tondeuse a une fonction mulching, un passage suffit à laisser les feuilles hachées sur place, où les vers les emportent en quelques semaines, sans aucun ramassage.

Ce qu'il ne faut pas faire

Brûler. Le brûlage des déchets verts est interdit, incinérateur de jardin compris, au titre de l'article L541-21-1 du code de l'environnement, et expose à une amende de 750 euros. Des dérogations existent dans les communes dépourvues de déchetterie ou de collecte sélective, et le préfet peut en accorder pour éradiquer une maladie végétale ou une espèce envahissante. Service-Public renvoie explicitement vers le compost et le paillage.

Tout sortir en déchetterie. Depuis le 1er janvier 2024, conformément au droit européen et à la loi anti-gaspillage de 2020, le tri des biodéchets est généralisé. Les feuilles mortes en font partie, avec les tontes, les tailles de haies et les déchets d'élagage, et les biodéchets représentent un tiers des ordures ménagères. La gestion de proximité, c'est-à-dire le compostage chez soi en composteur individuel ou partagé, est l'une des deux solutions retenues par le ministère : autant en profiter, la matière est déjà sur place.

Laisser un tapis épais sur la pelouse tout l'hiver. Le gazon jaunit et s'étiole sous 10 cm de feuilles humides. Là, on tond en mulching ou on ramasse.

Et sur un balcon

Même un balcon sans arbre donne des feuilles, et les rues en regorgent en novembre. Un sac de 30 litres ramassé dans un parc suffit à couvrir quatre ou cinq bacs pour l'hiver : 3 à 5 cm sur la terre, ce qui l'empêche de se tasser sous la pluie, de se lessiver et de craqueler au soleil d'hiver. Au printemps, ce qui reste se mélange à la terre d'un coup de transplantoir. Le surplus peut sécher dans un sac-poubelle percé de quelques trous, posé dans un coin : un an plus tard, c'est du terreau de feuilles.

Suivre ses paillages dans Hortenia

Dans l'application Hortenia, chaque planche du jardin porte ses cultures et ses gestes. Les rappels de paillage et de protection arrivent au bon moment selon votre région, et la météo du jardinier prévient la veille d'une nuit de gel, ce qui est exactement le moment où l'on veut avoir paillé les pieds d'artichaut et couvert les derniers semis. Les 357 fiches de culture indiquent pour chaque espèce ses besoins de sol et de couverture.

Découvrir l'application potager Hortenia, gratuite, sur iOS et Android. Pour la suite des gestes d'automne, voir les engrais verts à semer maintenant et préparer son potager pour l'hiver.

FAQ : feuilles mortes au jardin

Que faire des feuilles mortes du jardin ? Paillage de 5 à 10 cm sur les planches vides et les vivaces, matière brune pour le composteur, et le surplus en tas grillagé pour obtenir du terreau de feuilles.

Peut-on brûler les feuilles mortes ? Non, c'est interdit aux particuliers et passible de 750 euros d'amende, sauf dérogation communale ou préfectorale.

Quelles feuilles ne pas composter ? Laurier-rose et laurier-cerise, toxiques, feuilles d'arbres traités, feuilles de bord de route. Celles de noyer se compostent à part pendant un an.

Faut-il broyer les feuilles ? Pas obligatoirement, mais un passage de tondeuse divise le volume par trois ou quatre et accélère beaucoup la décomposition, surtout pour le chêne et le platane.

Combien de temps pour du terreau de feuilles ? Un an pour des feuilles fines et broyées, deux ans pour des feuilles entières et coriaces.

Sources

Partager :

🌱 Gérez votre jardin avec Hortenia

Planning de semis selon votre région, météo du jardinier avec alerte gel la veille, 357 fiches de culture. Gratuite, sans publicité.

Voir ce que fait l'application