La réponse courte : le fumier frais s'étale à l'automne, de fin octobre à fin novembre, en surface sur les planches qui recevront des légumes gourmands au printemps, et l'hiver se charge de le décomposer. Le fumier bien décomposé ou composté s'apporte au printemps, trois à quatre semaines avant de planter, ou dès l'automne sous un paillage. Dans tous les cas : jamais de fumier frais au contact des racines, ni sur une planche de carottes, de panais, d'ail ou d'oignons de l'année, ni avant des salades ou des radis mangés crus.
Le reste dépend de l'animal et de la forme du fumier : un crottin de cheval pailleux ne se gère pas comme des granulés de fientes de poule. Voici le calendrier, les doses, les légumes qui en profitent ou le fuient, les fruitiers, l'engrais vert, et une précaution sur le fumier de centre équestre.
Le calendrier du fumier en un coup d'œil
| Forme | Quand l'apporter | Comment | Pour quelles planches |
|---|---|---|---|
| Fumier frais, pailleux | Fin octobre à fin novembre | En surface, couvert de feuilles ou de paille | Courges, tomates, choux, poireaux de mai |
| Fumier bien décomposé (noir, friable, sans odeur d'ammoniac) | Automne, ou printemps 3 à 4 semaines avant de planter | Étalé puis griffé sur 5 cm | Cultures gourmandes, fruitiers, petits fruits |
| Fumier composté en sac | Automne ou printemps | Comme un compost | Les mêmes, plus les bacs |
| Fumier déshydraté en granulés | Printemps, à la plantation | Dose de l'étiquette, griffé au pied | Coup de pouce aux gourmandes |
| Fientes de volailles fraîches | Jamais directement | Au composteur d'abord | Aucune |
Pourquoi deux saisons ? Le fumier ne s'emploie pas à la sortie de l'écurie : frais, il est trop chargé en ammoniac, et l'usage est de le composter plusieurs mois avant de l'épandre. L'étaler à l'automne, c'est faire ce compostage sur place pendant l'hiver, loin de toute racine. Au printemps, on n'apporte que du fumier déjà mûr.
Dans le Midi, attendez que les premières pluies aient humidifié la terre : posé sur une croûte sèche, le fumier sèche au lieu de se décomposer.
Frais, décomposé, en granulés : trois produits différents
Le fumier frais, pailleux, fait aussi un mauvais lit de semence, parce qu'il réduit le contact entre graines, racines et terre fine. Et il peut porter des germes : selon Wikipédia, Salmonella et E. coli survivent au compostage mieux qu'on ne le pensait, ce qui décourage le fumier frais avant les légumes mangés crus. On le réserve donc aux cultures plantées tard et cuites.
Il garde un usage de printemps : la couche chaude. Environ 50 cm de fumier frais de cheval, tassé et arrosé sous un châssis, montent à 50-70 °C pendant deux ou trois jours. On couvre de 10 à 15 cm de terreau et de terre fine, on sème radis et salades une fois la température redescendue sous 30 °C, et la couche tient ensuite autour de 19 °C pendant un mois au plus : des semis dès février, sans chauffage.
Le fumier décomposé a passé six mois à un an en tas. Les repères du compostage valent pour lui : à trois-six mois, il sert de paillage ; à sept-huit mois, de paillage qu'on incorpore au printemps ; à dix-douze mois, d'amendement mélangé à la terre.
Le fumier en sac est vendu composté ou déshydraté, souvent en granulés : lisez le sac. Composté, il s'emploie comme un compost, en toute saison. En granulés, il est concentré et se met à la plantation, à la dose indiquée.
Cheval, vache, mouton, poule, lapin : chaud, froid ou concentré
| Fumier | Caractère | Sol qui en profite le plus | À savoir |
|---|---|---|---|
| Cheval | Chaud, riche en cellulose | Terres argileuses, lourdes | Se composte très bien ; vérifier l'origine du foin |
| Vache | Froid, lent | Sols sableux et calcaires | Environ 25 % décomposé la première année, 50 % la deuxième |
| Mouton, chèvre | Chaud quand il est pailleux | Terres argileuses | Remplace le cheval en couche chaude |
| Lapin | Chaud | Tous | Équilibré, se composte très bien |
| Poule, volailles | Très concentré | Tous, à petite dose | Environ quatre fois plus riche que celui des ruminants |
Le cheval et le lapin digèrent mal la cellulose : leurs crottins en sont pleins, et les micro-organismes qui la décomposent dégagent de la chaleur. La vache, ruminant, la métabolise : sa bouse reste froide, se décompose lentement et agit plusieurs années. Inutile d'en remettre chaque année sur la même planche. Les fientes de volailles, fraîches, sont chargées d'ammoniac : au composteur d'abord, puis en petite quantité à la plantation.
Quels légumes aiment le fumier, lesquels le fuient
D'après les fiches de culture Hortenia, et Wikipédia pour les légumes mangés crus :
| Culture | Fumier ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Potiron, potimarron, courgette, courge butternut | Oui, les plus gourmandes | Potiron : dès l'automne, un trou de 50 cm rempli de compost et de fumier à demi décomposé, où l'on plante en mai |
| Tomate, maïs doux | Oui, décomposé | Sol riche et profond |
| Chou cabus, chou-fleur | Oui | Chou-fleur : 4 à 5 kg de compost bien mûr par m² |
| Chou de Bruxelles | Oui, à l'automne précédent | Pas de fumier frais ni d'azote après juillet, sinon des pommes molles |
| Poireau, céleri-rave | Oui | Sol profond, riche et frais |
| Pomme de terre | Décomposé seulement | Le fumier frais favorise la gale commune |
| Rhubarbe | Oui, chaque automne | Un seau de fumier décomposé en couronne |
| Carotte, panais, betterave | Pas de fumure fraîche | Carotte : jamais de fumier l'année du semis, il fait ramifier les racines |
| Oignon, ail, échalote | Pas de fumure fraîche | Bulbes qui pourrissent ou se conservent mal ; oignon : sol fumé l'année précédente |
| Pois, haricot | Non | Ils fabriquent leur azote ; fumé de frais, le pois fait du feuillage et peu de gousses |
| Laitue, radis | Pas de frais | Mangés crus : risque de germes |
D'où une rotation simple : on fume cette année la planche des courges et des tomates, on y sème l'an prochain carottes et oignons sur l'arrière-effet, puis pois et haricots. Voir aussi préparer son potager pour l'hiver.
Combien en mettre : des repères, pas des normes
Le fumier est un engrais peu concentré, 4 à 30 kg d'éléments nutritifs par tonne. Sa vraie valeur est celle d'un amendement : il améliore la structure du sol et sa capacité à retenir l'eau.
- Planche de gourmandes, fumier décomposé : 3 à 4 kg par m² à l'automne, repère de la fiche chou moellier.
- Au pied : une potée par potiron, deux seaux de fumier décomposé pour la courge cireuse, un seau par rhubarbe.
- Fumier frais d'automne : une couche régulière de quelques centimètres, jamais un matelas.
- Fientes de volailles : 3 tonnes par hectare selon Wikipédia, soit 300 g par m² ; pour les granulés, l'étiquette.
- Racines, bulbes et légumineuses de l'année : rien.
Les fiches signalent les excès : trop d'azote fait des feuilles au lieu de pommes chez le chou de Bruxelles, du feuillage au lieu de gousses chez le pois, et favorise la rouille du poireau et de l'ail. Pour les apports liquides en cours de culture, voir comment fabriquer son engrais naturel.
Comment l'étaler : en surface, pas au fond
- Nettoyez la planche sans arracher les racines fines des cultures passées.
- Étalez le fumier à la fourche en couche régulière, sur terre humide.
- Laissez-le en surface s'il est frais : les vers de terre l'entraînent dans leurs galeries au fil de l'hiver. S'il est décomposé, griffez-le sur 5 cm.
- Couvrez le fumier frais de 5 cm de feuilles mortes ou de paille.
- Au printemps, écartez ce qui n'est pas décomposé, griffez, plantez trois à quatre semaines plus tard.
Enfoui au fond d'une tranchée, le fumier manque d'air et se décompose mal. Seule exception, la potée des courges. En lasagnes sur une pelouse, le fumier composté fait une bonne couche verte : voir créer un potager sur une pelouse sans bêcher.
Fumier et engrais vert : les deux sur la même planche ?
Oui, avec le bon couvert. L'azote que le fumier libère l'hiver sur un sol nu part en partie avec la pluie : les nitrates sont très peu retenus par le sol, et seul un couvert végétal les retient efficacement. C'est le principe des cultures pièges à nitrates.
- Fumier décomposé + engrais vert non légumineux : la bonne association. On étale, on griffe, on sème moutarde blanche jusqu'à fin septembre (début octobre dans le Sud), ou seigle de fin octobre à mi-novembre. Une étude de l'INRA de 2012 citée par Wikipédia donne 40 à 90 % d'azote capté par les graminées et les crucifères, contre 0 à 40 % pour les légumineuses pures.
- Fumier + légumineuse (vesce, féverole) : inutile. Elle fabrique son azote et capte mal celui du fumier : gardez-la pour les planches non fumées.
- Fumier frais pailleux + semis : impossible, les graines ne touchent pas la terre. Cette planche reste paillée.
La moutarde est de la famille des choux : pas avant chou cabus ou chou-fleur. Espèces, doses et fauche : voir le guide des engrais verts d'automne.
Au pied des arbres fruitiers et des petits fruits
À la plantation, aucun fumier frais au contact des racines : voir planter un arbre fruitier en automne. Sur un pommier ou un poirier installé, apportez en fin d'automne ou en hiver du fumier bien décomposé en couronne sous la ramure, à distance du tronc. Sans excès : selon sa fiche, l'excès d'azote fait exploser les psylles du poirier.
Le framboisier et le cassissier veulent un sol frais et humifère : un fumier décomposé sous leur paillage d'hiver leur convient. Le figuier, lui, se passe de fumier : sa fiche exclut tout apport azoté.
Fumier de centre équestre : vérifier le foin avant d'accepter
Une précaution avec le fumier gratuit des écuries : l'aminopyralide, un désherbant des prairies, approuvé et présent dans plusieurs produits selon la base E-Phy de l'Anses consultée le 25 septembre 2026.
Dans deux avis du 13 janvier 2011 sur des herbicides de prairies qui en contiennent, NERIS et OPTI-PRE, l'Anses explique que la substance n'est pas métabolisée par l'animal : ingérée avec l'herbe ou le foin d'une parcelle traitée, elle ressort dans l'urine et les excréments. Ces déjections et ce foin ne doivent pas servir à faire du fumier ou du compost pour les cultures sensibles : légumineuses, solanacées, cultures maraîchères ou florales. L'Anses a assorti ses avis d'une condition : ces produits ne s'emploient que sur des prairies pâturées, non fauchées et interdites aux chevaux. Un fumier de cheval ne devrait donc pas en contenir ; le risque tient à un foin d'origine inconnue ou à un traitement fait hors de ces conditions.
- Demandez d'où vient le foin.
- En cas de doute, faites le test en pot de l'université d'État de l'Oregon : pois, haricots ou tomates semés dans un mélange de ce fumier et de terreau, au chaud et à la lumière. Feuilles en cuillère, tiges tordues ou bourgeons déformés signalent des résidus.
- Réservez un fumier douteux aux haies, loin du potager.
Le compostage ne détruit pas l'aminopyralide. Il élimine en revanche, s'il est aérobie et chaud, beaucoup d'autres contaminants possibles d'un fumier (antibiotiques, hormones, pesticides) : raison de plus de le préférer bien composté.
Noter ses apports dans Hortenia
Le fumier se décide en novembre pour des cultures de mai, et c'est là qu'on oublie. Dans l'application Hortenia, le potager est tracé sur la carte, planche par planche : on voit d'un coup d'œil celles qui recevront courges et tomates, et celles qui attendent carottes et oignons. Une note garde la date et le type de fumier, et les 357 fiches indiquent le sol que demande chaque plante.
Découvrir l'application potager Hortenia, gratuite, sur iOS et Android.
FAQ : fumier au potager
Quand mettre du fumier de cheval dans le jardin ? Frais, de fin octobre à fin novembre, en surface. Décomposé ou en sac, aussi au printemps, trois à quatre semaines avant de planter.
Peut-on mettre du fumier au pied des tomates ? Oui s'il est bien décomposé, mélangé à la terre du trou ou sous le paillage. Jamais frais au contact des racines.
Quand mettre du fumier au pied des arbres fruitiers ? En fin d'automne ou en hiver, décomposé, en couronne sous la ramure. Rien pour le figuier.
Faut-il enfouir le fumier ? Pas profondément : en surface s'il est frais, griffé sur 5 cm s'il est décomposé.
Combien de fumier au m² ? Environ 3 à 4 kg de fumier décomposé pour les gourmandes, 300 g de fientes de volailles, rien pour les racines de l'année.
Fumier frais ou composté ? Le composté s'emploie toute l'année ; le frais seulement à l'automne, loin des racines, ou en couche chaude.
Sources
- Fumier, Wikipédia : ammoniac, lit de semence, fumiers chauds et froids, décomposition, fientes de volailles, teneur en éléments, contaminants et germes.
- Couche chaude, Wikipédia : fumiers chauds et froids, montage et températures.
- Compostage, Wikipédia : usage selon la maturité.
- Culture intermédiaire piège à nitrates, Wikipédia : lessivage des nitrates, étude INRA 2012.
- Avis de l'Anses du 13 janvier 2011 sur NERIS et OPTI-PRE : aminopyralide dans les déjections, conditions d'emploi.
- Aminopyralide, base E-Phy de l'Anses, consultée le 25 septembre 2026.
- Aminopyralid residues in compost, Oregon State University : symptômes, test en pot.
- Fiches de culture Hortenia : potiron, chou-fleur, chou de Bruxelles, chou moellier, pomme de terre, carotte, pois, poirier, figuier.
- Photo : Paardenstalmest Horse manure (fumier de cheval d'un an étalé sur la terre d'un jardin), Rasbak, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.




